La pensée vulgaire confond la forme et l’intention qui lui a donné naissance. Devant la maladresse formelle elle est aveugle à l’intention, devant le formalisme à la mode elle ne perçoit pas l’absence de vision. Les travaux de Lassus découvrent sous la matière, sous l’expérience, les ressorts de la création visuelle des habitants de banlieue: une poétique des rapports entre nature et culture qui à l’opposé de l’esthétique du mouvement moderne cherche à brouiller les limites entre décor et structure, à rendre indécises les oppositions entre jardin éphémère et paysage intemporel. Il a montré précisément les mécanismes plastiques, tels que le contraste retardé, le déplacement, ou le démesurable qui forment les éléments de compétences d’une poétique paysagère contemporaine. Si l’Art Brut désigne de nouveaux artistes à l’attention du marché de l’art, la recherche de Lassus vise à révéler une compétence humaine, et non des œuvres, et à en faire découvrir l’objet, un art modeste du paysage qui transfigure les jardins entre la façade de la maison et la rue.

Cette connaissance s’exprime dans ses œuvres, bien qu’elles ne ressemblent en rien à celles des habitants-paysagistes. Leurs parentés viennent des profondeurs d’une culture qu’ils exerçaient sans la connaître. Elle se lit dans les propositions du jardin vertical pour la Villette, des Villes-paysages en Lorraine, du jardin de Rochefort, ou de ses œuvres plus récentes pour les autoroutes. En quelque sorte il s’est attaché à découvrir un langage plastique populaire, l’équivalent de la tonalité musicale de la gamme européenne, et à créer des œuvres savantes qui parlent aussi cette langue. En inventant une démarche expérimentale d’interaction avec le public il a pu montrer, chose étonnante, que les catégories floues de cette pensée plastique sont immédiatement utilisées par les publics de culture savante pour en jouer dès qu’on leur en offre la possibilité. Si l’on accepte avec Claude Hagège que le jeu d’esprit est le signe décisif de la compétence langagière, Lassus a montré comment la création paysagère contemporaine pouvait offrir un champ d’exploration créatrice à la plupart de ses concitoyens. Ses recherches ont aussi mis en évidence des limites que le rationalisme formel impose aux sciences humaines. Elles témoignent de l’éternelle renaissance de Dionysos, Dieu des jonctions et des jardins.

Michel Conan

He shows up clearly the plastic devices - retarded contrast, shifting or the unmeasurable - that are the basis of a contemporary poetics of landscape. Where Art Brut designates new artists for the art market, Lassus's investigations aim at revealing human skills and not works, and at revealing the object - a modest art of landscape that transfigures gardens placed between homefront and street. This knowledge finds expression in his own works, even if they are far removed from those of the “live-in landscapers”. The links between them spring from the depths of a culture unconsciously shared. This culture appears in Lassus's projects for the vertical garden at La Villette, for the Landscape-Towns in Lorraine, for the Rochefort garden, or more recently for motorway projects. In some respects Lassus has concentrated on discovering a popular plastic language, the equivalent of the European tone scale in music, and on creating scholarly works that also use this language.

By inventing an experimental approach of interaction with the public, the surprising thing is that he has been able to show how the indistinct categories of this plastic thought are immediately used by people with a scholarly culture, whenever they have the possibility to do so. Just as Claude Hagège has pointed out that word games are the distinctive sign of fluency in speech, Lassus has shown how contemporary landscape creation can offer a field of exploratory creation to people. His research has also revealed the limits that formal rationalism has imposed on the social sciences. It testifies to the eternal rebirth of Dionysus, the god of junctions and gardens.

Michel Conan

he designs of Bernard Lassus effectively challenge the conventional landscape of professional practice. They do so, essentially, by a dual demand: first, that the quotidian, the usual, the ordinary, even the obvious, are to be refigured and reinvented - real virtues; second, that landscape architects create mythical or metaphoric territory - virtual realities.

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